Dans le temps, après la désalpe, partout, le bouc du village avait libre parcours de jour et de nuit, jusqu'à la saint Antoine le 17 janvier. Ceci dans le seul but de rencontrer pendant ce temps les belles bien disposées. Or, un beau matin d'automne, avant l'aube, deux passants d'un village voisin rencontrèrent le bouc d'aspect peu rassurant à l'entrée de Fang d'en-haut. Ils l'appelèrent doucement tout en lui tendant un bout de pain de seigle, puis le saisirent gentiment par une corne pour l'emmener dans la chapelle voisine. La corde de la cloche qui pendait à proximité, était suffisamment longue. Ils attachèrent l'animal par le cou, fermèrent la porte de la chapelle, disparurent au galop en traversant le village. La cloche tintait, tintait à espaces irréguliers. Les habitants, réveillés en sursaut par cette alarme inopportune et matinale, s'empressèrent d'accourir, en premier lieu pour délivrer la bête, ensuite chercher à découvrir le ou les coupables. Un fort soupçon pesait sur deux hommes vus aux environs dans la nuit. L'on décida de ne pas entreprendre de recherches et d'attendre l'évolution de la situation. Les deux hommes suspects, après avoir franchi le pont de Tarampon, ressentirent tout à coup une lourdeur douloureuse dans les jambes. Ce bouc que nous avons fait sonner à la chapelle est peut-être la propriété de la Tchiboula, la vieille sorcière du village, qui nous a jeté un sort, se dirent les deux farceurs.
Ils marchèrent ainsi péniblement, tout au long du parcours jusqu'à Pinsec. Par punition, semble-t-il, l'un des garnements perdit l'usage de la parole pendant une longue période. L'autre, dit le Fareou, qui avait attaché le bouc à la corde, devint totalement sourd.